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3 métiers d’avenir autour du réemploi : de déchet à ressource

3 métiers d’avenir autour du réemploi : de déchet à ressource

Acteur du réemploi des matériaux de construction et de second oeuvre

L’urgence de valoriser les déchets du BTP

« En 2012, les activités du bâtiment et des travaux publics (BTP) ont généré 246 millions de tonnes de déchets, soit près des ¾ des déchets produits en France. » Selon le ministère de la transition écologique. Les briques, le béton, les tuiles, la céramique, le verre, la terre, les pierres et les cailloux sont l’essentiel de ces déchets. Force est de constater que la valorisation de ces matériaux n’est plus une option, certaines entreprises y trouvent même un aspect économique. C’est le cas de Backacia, une entreprise dédiée aux professionnels, créée en août 2017 par les deux co-fondatrices Kesia Vasconcelos et Lucile Hamon. Cette dernière affirme : « Chaque année, ce sont à peu près 5 milliards d’euros de déchets que l’on jette à la benne. »

Développement de solutions la vente de matériaux issus du réemploi

Les acteurs du bâtiment qui possèdent d’importants volumes de déchets, se voient proposer par Backacia une solution économique en leur proposant de vendre leurs matériaux, au lieu de payer pour les jeter. Le rôle de l’entreprise est alors de faire le lien et de se rendre sur les chantiers pour évaluer le potentiel, le type et la quantité de matériaux, le tout partout en France. Ainsi, des annonces sont créées pour vendre ce qui devait être des déchets. Le chantier devient le point de vente où se rendent les acheteurs, des artisans par exemple. Ces derniers achètent leurs matériaux 70 à 90 % moins chers qu’en magasin. Les bâtiments dont il est question sont principalement issus du secteur tertiaire, et leur superficie est supérieure à 1000 m2. Les chantiers sont divers : démolition, réhabilitation lourde ou encore rénovation. Backacia c’est aussi la possibilité de favoriser l’économie circulaire, pour un secteur qui fait 10% du PIB français. Au fur et à mesure, l’entreprise qui possède déjà sa marketplace Backacia.com, se développe et lance son premier magasin de réemploi, où l’on peut acheter 100% d’occasion. Lucile Hamon précise : « C’est comme une ressourcerie mais pour le BTP, un Backacia Store situé à Yvry-sur-Seine, et accessible même aux particuliers cette fois ».

Devenir acteur de la déconstruction et du réemploi des matériaux

Le secteur du BTP a vu naître ces dernières années, des évolutions de certaines professions et des nouveaux métiers. Le premier à être concerné, c’est le démolisseur : à la place de casser, il doit déposer de manière précautionneuse. Ensuite, il y a le conducteur travaux. Pour le secteur du BTP, les déchets ont toujours représenté un coût important (frais de déchetterie, transport du chantier à la déchèterie…) Sur les chantiers où il y a du réemploi, il doit y avoir un changement de paradigme. Les matériaux autrefois perçus comme des déchets doivent être appréhendés sous l’angle d’une ressource. Le métier d’architecte n’échappe pas à la règle. Notamment, sur la problématique suivante : comment faire pour mettre en œuvre des matériaux d’occasion qu’on est allé chercher sur un autre chantier ? Lucile Hamon ajoute : « C’est vraiment le challenge de ces prochaines années. L’ensemble de ces métiers doit faire face à des logiques où désormais, dans le cahier des charges ils se retrouvent avec l’obligation d’acheter de l’occasion, en particulier sur la commande publique. »

D’autres nouveaux métiers émergent sur la partie réemploi, par exemple, le chargé réemploi. Il s’occupe de l’identification du potentiel de réemploi, de l’opération au calcul, du bilan environnemental et économique de l’opération. Il va donner des indications sur la manière de déposer les matériaux, de les conditionner afin d’être vendu.

On a également besoin de diagnostiqueurs. Jusqu’à aujourd’hui, un diagnostic plomb et amiante est exigé. Un décret qui sort en juillet exige un nouveau diagnostic, celui de diagnostic produit/matériaux/déchets. Il sert à identifier les ressources déjà présentes et leur possibilité de valorisation. « On en est qu’au début de l’évolution de ces métiers, j’imagine qu’il va y en avoir bien d’autres. » confirme Lucile Hamon.

Qui dit nouveaux métiers, dit adaptation des formations. En effet, Backacia est composée d’une équipe de 13 collaborateurs issus de divers métiers en rapport avec le BTP. Backacia dispose de sa propre formation en interne. La jeune génération, selon la fondatrice « lorsqu’elle rejoint une entreprise, elle veut avoir un impact, avoir du sens. Ce sont des sujets sur lesquels ils veulent être formés. On n’a pas encore insufflé la construction durable, l’économie circulaire, à l’école. Tout ça c’est en train de venir, mais cela met un peu de temps. ».

Gérant de ressourcerie solidaire

La seconde main, écologique et économique

Le réemploi, la réutilisation, la seconde main ou encore l’occasion, sont devenus des réflexes pour un certain nombre d’entre nous. On chine de manière solidaire dans une ressourcerie ou chez Emmaüs, ou on se promène dans une brocante un dimanche après-midi, pour trouver des objets plein d’histoire.

Acheter d’occasion est un acte écologique qui bouleverse nos modèles économiques et nos modes de consommation. En effet, encourager la seconde main permet de limiter le création du neuf, et par conséquent de nouveaux déchets. Le gouvernement en a même fait une affaire d’État en promouvant la réparation plutôt que l’achat de neuf avec sa plateforme dédiée « Longue vie aux objets ».

Cela permet également de faire des économies, tout aussi bien lorsque l’on est le vendeur et que l’on souhaite désencombrer son intérieur, que lorsqu’on est l’acheteur et que l’on fait l’acquisition de pièces parfois à moitié prix.

Montée en croissance des ressourceries (aussi appelées recycleries)

Les ressourceries ont pour objectif de donner une seconde vie aux objets qui nous encombrent tout en permettant la réinsertion professionnelle de personnes éloignées de l’emploi. Elles ont pour mission la collecte, la valorisation, et la vente de ces objets, ainsi que la sensibilisation du grand public.

Les ressourceries créent 850 emplois pour 10 000 tonnes de déchets traités chaque année, quand pour la même quantité de déchets, le recyclage industriel en crée 31, l’incinération 3 et l’enfouissement 1. Sandrine Siméon, responsable des formations au Réseau National des Ressourceries informe : « Les personnes qui travaillent dans les ressourceries ou les structures de réemploi sont des techniciens polyvalents de réemploi. Souvent, ils sont en réinsertion socio-professionnelle, éloignés du monde du travail, ce travail est un tremplin ». Lorsque l’on exerce dans une ressourcerie, la polyvalence est de mise.

Le réemploi, c’est différent du recyclage. Il vise la seconde vie de l’objet, sans traitement de la matière. La mission des structures de réemploi est de collecter l’objet, le nettoyer, le réparer, le re-proposer en vente pour sa fonction initiale, sans détruire le produit et le séparer en matière. Il peut s’agir de n’importe quel objet du quotidien : du mobilier, du textile, de l’équipement électrique / électronique, vaisselle, bibelots, jouets, articles de bricolage… « Tout objet qui peut retrouver une seconde vie, tout simplement. Les collectes se font auprès des particuliers, des professionnels et même les déchèteries » souligne Sandrine Siméon. Ce n’est pas la seule solution, il y a aussi des dons avec des associations qui profitent aux plus démunis.

Créer sa propre ressourcerie

Le réseau des ressourceries existe depuis 2000 et regroupe 160 adhérents. Il a vocation à réunir et fédérer toutes les ressourceries françaises. Les formations qui l’accompagnent sont plus récentes : « Depuis 2008, notre offre de formation évolue avec le temps. » soutient Sandrine Siméon. Elle ajoute : «  Les formations sont accessibles à toutes les personnes qui s’y intéressent ». On y trouve notamment la formation « Créer une ressourcerie ». Sandrine Siméon témoigne « Les formations attirent un public très vaste. Le plus important pour réussir à s’épanouir c’est d’avoir envie, de vouloir réduire les déchets. Savoir identifier les manques, par rapport à la prévention et la gestion des déchets, afin de faire le meilleur réemploi possible. ». À terme, il est envisagé de développer l’aspect créatif : le but est de proposer une formation avec des techniques de relooking et de réparation.

Brocanteur 2.0

L’art de faire du neuf avec du vieux

Après l’avènement du mobilier de fast déco, il y a visiblement un regain d’intérêt pour le charme des pièces anciennes. Plus résistantes, moins normalisées, et portant les traces du passé, elles conquièrent de plus en plus de monde.

Tant et si bien que ces dernières années, les brocantes en ligne se sont multipliées. Certaines ont leur propre site en ligne, d’autres vendent via Leboncoin, quand d’autres trouvent leurs clients directement sur Instagram. Cet engouement a même donné naissance à Selency : la plateforme de référence des brocanteurs 2.0. Décoration, meubles, éclairage, art de la table ou encore linge de maison, le géant de la seconde main dédié uniquement à la maison créé en 2014 par Charlotte Cadé est précurseur en matière de revente de mobilier. Elle recense les trouvailles de nombreux brocanteurs partout en France, et désormais, même des particuliers.

La chine pour passion

De nombreux passionnés de brocante et de décoration intérieure, avec une conscience écologique, se démènent pour trouver des pièces uniques. C’est le cas de Doux Août. À la suite d’un voyage en Colombie, et d’échanges sur les savoir-faire avec de nombreux artisans, Araceli Villar et Pierre Négrier ont un déclic. Pierre explique : « Nous avions à cœur de partager nos coups de cœur pour l’ancien, tant dans des projets de décoration que pour des pièces de deuxième main. Valoriser l’existant, d’autant plus quand les pièces sont de qualité, plutôt que de continuer de produire et de jeter. » Le couple aime chiner dans le bassin de la Méditerranée, particulièrement en Espagne entre le nord de l’Andalousie et le sud de la Castille, où se trouve de formidables pépites de l’art populaire ou de l’artisanat traditionnel. Basés à Montpellier, ces amoureux de la seconde main admettent « Nous essayons d’être le plus transparent possible sur l’état des pièces que nous vendons. Mais c’est parfois délicat de trouver le juste équilibre entre transparence et valorisation d’une pièce ancienne. Les éclats, grenures, patines font pour nous totalement partie du charme des pièces anciennes. »

Selon eux, le mobilier chiné est souvent plus robuste pour un prix équivalent à ce qui est produit aujourd’hui. Pierre précise : « On retrouve beaucoup de bois massif, notamment dans l’artisanat populaire. Et puis c’est un morceau d’histoire. Je pense que l’intérêt pour la décoration ancienne ne pourra que croître, car la décoration est une affaire de sentiments, de goûts, ce n’est ni universel ni uniforme. » Il est également plus facile d’ajouter de la personnalité à son habitat avec une décoration faite de pièces anciennes, de diverses époques, et d’un mobilier non standardisé. Le professionnel conclut : « Je pense que cette recherche de singularité anime la plupart de nos clients. Le mobilier ancien, c’est essentiellement une question d’émotion. »

Se former au réemploi, entre passion et limitation des déchets

Pour pratiquer le métier de brocanteur 2.0, pas de formation standard, mais une grosse dose de passion et d’expérimentations. Pierre conseille : « L’activité en soi est la meilleure formation continue possible, mais nous continuons de nous former aux outils de dessin, de design, et à la restauration du mobilier ». En revanche, ce domaine est très sensible aux effets de mode. Mais Pierre et Araceli remarquent : « Autour de nous de plus en plus de gens s’intéressent à l’ancien, par souci écologique parfois, de design aussi, ou par goût tout simplement ». Leur conseil de pro si vous souhaitez vous lancer ? “S’armer de patience et faire des erreurs. Beaucoup d’erreurs. C’est le meilleur moyen d’apprendre. »

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