L’architecture moderne a t-elle tué la joie ?

Il y a 7 ans, lorsque j’ai renoué avec ma passion pour l’architecture intérieure, j’ai été attirée par l’architecture moderne, par les valeurs du Bauhaus, par la démarche de conception du Corbusier, la vision de Charlotte Perriand, et le travail d’Eileen Gray.

Puis, j’ai découvert les travers de cette architecture. Ainsi que le fascisme du Corbusier, et la façon dont il a voulu s’approprier le travail d’Eileen Gray à travers la villa E-1027, mais ce n’est pas le sujet de cette newsletter.

Alors que cette esthétique me faisait rêver au départ, j’ai réalisé petit à petit, que vivre parmi des meubles modernes me renvoyait à une forme d’austérité et d’ennui.

Je ne mettais pas d’explications particulière derrière ce ressenti, jusqu’à la lecture de “Voir la beauté du quotidien et s’en émerveiller” d’Ingrid Fetell Lee qui m’a inspiré cette newsletter.

Découvrons les liens entre ce mouvement moderne en architecture et son impact sur notre joie. 

Une forme de minimalisme esthétique

L’architecture moderne, et le brutalisme en particulier, se manifeste par un rejet des styles historiques et ornementaux. Il fait la part belle aux lignes épurées et aux formes géométriques simples comme les cubes, les rectangles et les cylindres, créant un sentiment d’ordre et de force dans l’architecture.

Cette recherche de simplicité est intéressante, mais ces formes simples sont également tranchantes, évoquant une forme d’insécurité et de danger en neuro-architecture.

Parmi ses grands principes on trouve également la fonctionnalité avant tout (la forme suit la fonction).

Mais à maximiser la simplicité et prioriser le fonctionnel, n’en a t’on pas oublié les émotions ?

Des matériaux froids et polluants

Le design moderne se dédie aux matériaux industriels de l’époque : l’acier, le béton et le verre.

Ils constituent les 3 matériaux ayant l’impact le plus important d’un point de vue environnemental, et parmi les plus froids d’un point de vue thermique

En terme de bien-être dans l’habitat, leur aspect lisse et inerte transmet une énergie fade.

Ce sont des matériaux que j’évite tant que faire ce peut en design intérieur durable, sauf lorsque leur utilisation est pertinente.

Une volonté de démocratisation qui mène à une massification discutable

Les designers refusent que l’architecture ne soit qu’un exercice esthétique réservé aux élites, et c’est tout à fait louable.

Aux origines du Bauhaus, il y la volonté de fusionner l’art et l’artisanat avec la production industrielle pour créer des objets fonctionnels et esthétiques ; et par la même proposer du mobilier à un prix plus accessible. Cette même démarche est inscrite dans le travail de l’Union des Artistes Modernes (UAM) à travers la conception d’habitats et de mobilier pour le plus grand nombre. Une des dérives de cette volonté de démocratisation est la consommation de masse telle que nous la connaissons aujourd’hui.

L’urbanisme moderne, notamment dans les années 1950-70, a donné naissance à des ensembles de logements impersonnels (barres, tours) qui ont parfois généré un mal-être chez les habitants. Si certaines d’entre elles sont intéressantes, on peut regretter leur contribution à parquer les gens dans des logements identiques sans aucune singularité, m’évoquant une déshumanisation.

 

Une connexion avec la nature

En architecture moderne, on retrouve de grandes baies vitrées, donnant idéalement sur la nature. Cet aspect à l’intérêt logements plus lumineux grâce à de grandes ouvertures.

Par ailleurs, l’architecture moderne évolue au fil des années, menant aux modernismes scandinave et américain.

Par exemple, Alvar Aalto, côté scandinave, fait la part belle au bois, matériau naturel; et aux courbes, des formes sources de douceur.

Côté américain, la Waterfall house imaginée par Franck Loyd, parfaitement intégrée à la nature, est souvent mentionnée en exemple d’habitation biophilique. La biophilie étant aujourd’hui une méthode pour apporter plus de bien-être dans nos habitats en nous reconnectant à la nature.

Des couleurs

Si de nombreux architectes et designers modernes se contentent d’utiliser le noir, le blanc et le gris, d’autres font la part belle à la couleur !

On pense notamment aux façades de plusieurs immeubles signés Le Corbusier et aux étagères en bois colorées de Charlotte Perriand.

C’est pour moi un des autres points forts de certaines créations de l’architecture moderne, apporter plus de couleurs à nos villes et à nos intérieurs.

Alors quoi tirer de tout cela ?

Je suis admirative du travail d’Eileen Gray, du parcours de Charlotte Perriand ou encore du mobilier d’Alvar Aalto.

Mais à mon sens, tout un pan de l’architecture et du design modernes a trop souvent oublié un élément essentiel : faire vivre des émotions.

Aujourd’hui, nombreux de nos bâtiments neufs reprennent certains de ces codes, et contribuent, à mon sens, à la perte de joie dans le quotidien.

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